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il y a : 41 yrs - Catégorie : Presse
Les États généraux de la Presse écrite ont été lancés le 2 octobre 2008 par le Président de la République. Il s’agissait d’apporter des réponses aux difficultés économiques que rencontre depuis 2006 la Presse écrite, notamment face au développement de l’Internet et des journaux gratuits. Coordonnées par le ministère de la culture et de la communication, les réunions thématiques des quatre pôles de réflexions, respectivement consacrés aux métiers du journalisme, au processus industriel de la Presse, à l'impact d'Internet et aux questions de société ont eu pour objectif d'établir un diagnostic complet. Plus de 150 professionnels y ont participé durant trois mois. À l'issue de 70 heures d'auditions et de débats, les chefs de pôles ont émis des propositions qui ont permis d'élaborer un Livre vert présentant plus de 90 recommandations.
Les travaux des quatre groupes de travail étaient coordonnés par un comité de pilotage dirigé par Bernard Spitz, ancien journaliste au Monde et directeur à la Direction générale de Canal+. Quatre professionnels présidaient les quatre pôles de réflexion : Bruno Frappat (Groupe Bayard Presse) sur la situation des journalistes et l’évolution de leur métier ; Arnaud de Puyfontaine (ancien président de Mondadori et de l’Association pour la promotion de la presse magazine), abordait les aspects économiques et industriels de la Presse (impression, distribution) ; Bruno Patino (DG de France Culture et ancien vice-président du directoire du Groupe Le Monde) était chargé de la réflexion sur le numérique ; François Dufour (éditeur de quotidiens pour enfants et représentant des quotidiens nationaux à l’Association mondiale des journaux), dirigeait la réflexion sur les questions de presse et de société. Les chefs de pôles ont ensuite constitué leurs groupes de travail, comportant plus de 140 participants et composés de représentants de la Presse, de députés, d’universitaires et de membres d’associations. Les séances de travail ont commencé courant octobre.
Le groupe de travail sur l’industrie de la Presse a mené ses premières auditions publiques le 20 octobre. Elles ont principalement porté sur les questions de la distribution et de l’impression avec le directeur général des Nouvelles messageries de la presse parisienne (NMPP), Rémy Pflimlin ; avec le DG du Parisien/Aujourd’hui en France, Jean Hornain ; et avec l’administrateur délégué du Groupe Rossel, Bernard Marchant. Parmi les rendez-vous importants, la présentation du cas d’entreprise Bild France, pour illustrer les travaux du pôle Processus industriels présidé par Arnaud de Puyfontaine. Les trois dernières journées d’auditions se sont tenues au ministère de la culture et de la communication, avec le 24 novembre un débat sur les aspects économiques et industriels de la Presse.
Le 8 janvier 2009, les chefs de pôles ont remis un Livre vert contenant plus de 90 recommandations à la ministre de la culture et de la communication. Christine Albanel a annoncé, notamment, la nécessité « de redynamiser le système de distribution, d’efforts à mettre en œuvre pour revaloriser le métier de diffuseur, d’aide au portage, de mise en place d’un nouveau cadre juridique pour les droits d’auteur pluri-média, de définition d’un nouvel environnement pour la formation des journalistes, de mise en place d’un nouveau contrat social dans les imprimeries de Presse, de définition d’un nouveau statut d’éditeur de presse en ligne, de valoriser la lecture auprès des jeunes ou encore de propositions destinées à encourager le renouvellement des contenus et leur adaptation aux nouvelles exigences des lecteurs ». D’autres pistes répondent à l’urgence liée à crise financière mondiale, notamment un moratoire sur les accords de Presse/Poste et la redistribution des investissements publicitaires de l’État en faveur de la Presse.
À la suite de la remise du Livre vert, le Président de la République a présenté, le 23 janvier 2009, les mesures de soutien qu’il a retenues parmi les 90 préconisées. L’aide que l’État consentira représente un total de 200 millions d’euros par an pendant trois ans. Cette aide est conditionnée aux réformes profondes du secteur, que les acteurs devront eux-mêmes mener à bien. Nicolas Sarkozy a mis en avant le dialogue social : il a engagé les partenaires sociaux à le poursuivre que ce soit dans les négociations dans les imprimeries ou sur l’adoption d’une charte de déontologie. Parmi les mesures de soutien annoncées par Nicolas Sarkozy, nous avons retenu : le report d’un an de l’augmentation des tarifs postaux ; l’augmentation des dépenses de communication de l’É tat ; le soutien aux marchands de journaux et au portage à domicile ; la création d’un statut d’éditeur de presse en ligne ; l'augmentation de l’aide de l’État au développement des journaux sur le web ; l’expérimentation pendant six mois (sans toucher à la loi Bichet de 1947) de formes alternatives de distribution (la distribution des quotidiens nationaux par le réseau de la presse régionale ou la distribution par les éditeurs eux-mêmes de leurs titres dans des enseignes spécialisées, par exemple).
Jean Pierre Caillard, Président du SPQR et les éditeurs de la Presse quotidienne régionale se sont félicités du travail collectif réalisé pour la publication d’un Livre vert qui, au final, « reflète la volonté de traiter tous les sujets qui touchent à l’avenir de la profession, toutes les contraintes qu’elle rencontre, tous les leviers à actionner ». Tout au long des débats, ces mêmes éditeurs avaient sollicité les lecteurs de leurs journaux via un forum de discussion, contribué au processus de réflexion, apporté des idées et des propositions. Certaines de leurs contributions ont d’ailleurs inspiré plusieurs recommandations issues des différents groupes. En revanche, ils ont estimé que certaines d’entre elles n’allaient pas assez loin dans l’indispensable accompagnement de la mutation des entreprises d’information au risque de passer à côté de l’objectif initial de sortir la presse dans son ensemble de la crise qu’elle traverse.
Le pôle de réflexion sur le processus industriel de la presse écrite, présidé par Arnaud de Puyfontaine, en est arrivé à la conclusion qu’il fallait repenser le modèle économique de l’industrie. Ainsi, dans le but d’améliorer les rendements, le groupe a proposé une série de mesures techniques (utilisation plus efficace des rotatives, par exemple), mais a également à une plus grande liberté en matière de distribution pour répondre à la crise des ventes de journaux. Plus qu’encourager le développement du nombre de points de vente, c’est une plus grande liberté de choix qui est avancée par les intervenants, ainsi qu’une plus grande légèreté en matière de règles d’autorisation favoriserait la réouverture de kiosques à journaux. Autant de mesures qui, avec le portage, garantiraient une plus grande visibilité des journaux papiers. La baisse des coûts d’abonnements permettrait, elle aussi, d’encourager les ventes. Pour rendre effective ces changements, le groupe insiste sur le fait qu’un échange avec les organismes postaux est indispensable. Mais la proposition phare reste celle selon laquelle une participation de l’État, couplée à toutes les autres propositions, est essentielle pour juguler la crise de la presse écrite. L'avenir dira si, en pratique, elle a été prise en compte.
Sur le fond, les propositions du Livre vert font largement appel aux fonds publics. Il propose ainsi trois mesures d'urgence pour faire face à la crise de 2009, qui s'annonce brutale : moratoire sur la hausse des tarifs postaux prévue pour 2009 ; exonération temporaire de charges sociales pour les points de vente spécialisés de façon à soutenir la vente au numéro ; augmentation de la part de la presse dans les dépenses de communication de l'Etat de 20 % à 40 %... Il envisage également des mesures à plus long terme comme la reconnaissance du portage comme service à la personne, lui permettant de bénéficier des exonérations fiscales associées à ce statut ; et le financement d'un fond de départs en préretraite des personnels des imprimeries de presse, mesure qui n'est d'ailleurs qu'une reconduction des plans de départ existants, mais assortis pour la PQN d'un dispositif de mobilité élargi (reconversion par des formations de un à trois ans). Cet appel au financement de l'Etat est-il une réponse satisfaisante aux deux questions que l'on peut considérer comme déterminantes pour l'avenir de la presse écrite : la chute du lectorat et les incertitudes liées à la transition vers un modèle numérique non équilibré ?
Vous pouvez télécharger le Livre vert des États généraux de la Presse sur le site de la Documentation française.